Prédation

PRÉCISIONS IMPORTANTES :
Nous ne parlons pas des moyens. Nous ne parlons pas de tuer des animaux. Nous ne parlons pas d'annihiler toute forme de vie. Nous ne parlons pas de prendre des risques inconsidérés avec le vivant.

Résumé

La souffrance étant toujours un problème pour l’être qui la subit, il semble injuste de discriminer les êtres sentients en fonction de leur place dans l’écosystème. La sacralisation de la nature engendre une négligence des droits des proies qui sont réduites au rang de moyen et non de fin. Pourtant, nous défendons l’idée que l’intérêt à vivre de chacun·e est suffisant pour respecter sa liberté.
L’idée d’accepter la prédation est spéciste et empêche donc d’avoir un discours antispéciste cohérent.

Cependant, le débat sur la résolution de la prédation est d’un autre temps car nous n’avons pas les moyens de mettre en place une alternative à l’écosystème actuel sans risquer de causer plus de souffrances.

Raisonnement

Dans ce visuel, nous dissocions l’idéologie de la pratique, la seconde étant une mise en application de la première en fonction du contexte. Il est donc important d’estimer la désirabilité d’un objectif indépendamment de sa mise en pratique. Cela permet de savoir si les problèmes rencontrés sont contextuels ou non.

Ne rien pouvoir faire face à un contexte ne rend pas ce contexte acceptable.
Avant de commencer il est important de comprendre la notion de « Ceteris paribus » : « Toutes choses égales par ailleurs » expression utilisée pour signifier qu’on laisse de côté un certain nombre de paramètres d’une situation donnée pour n’en étudier qu’un seul à la fois. C’est un principe de base de la méthode scientifique.

1. Dans l'idée

Comme nous l’avons déjà évoqué dans ce précédent visuel (lien ci-dessous), les êtres capables de ressentir une nuisance cherchent à éviter celle-ci. Disposer de soi est un principe permettant de ne pas subir de préjudices de la part d’autrui et de pouvoir lui échapper dans la mesure de ses capacités.

Puisque aucun être ne semble vouloir subir une nuisance, un principe de justice fondamental serait donc de respecter cette volonté et de ne pas infliger de souffrance.

Plus largement, nos objectifs en tant que société devraient être de limiter au maximum les nuisances causées et maximiser les bienfaits/bonheurs.

Toute nuisance est problématique, au moins pour l’entité qui la perçoit, quel que soit l’être sentient qui la provoque ou celui qui la subi.
La considération des intérêts que l’on accorde aux intérêts d’un individu ne dépend pas de sa place dans la chaîne alimentaire mais de sa sentience.

Vous ne voudriez pas vous faire « prédater », il en va de même pour n’importe quel autre animal.

2. Dans la pratique

Néanmoins la souffrance peut être acceptable selon le contexte :

• Selon ses causes. Par exemple on peut considérer qu’il n’y a pas de problème à faire souffrir une personne qui le demande. Même s’il faudrait alors s’interroger sur les raisons potentielles de ce désir (conditionnement, traumatisme, trouble neurologique) et sur sa compatibilité avec le bien être général de cet individu.

• Selon ses conséquences : Si cette souffrance permet d’éviter une autre nuisance. C’est le principe de la légitime défense.

Mais modifier l’écosystème est justement une action risquée, dont les conséquences sont aujourd’hui imprévisibles: cela pourrait engendrer plus de souffrance au lieu de la diminuer. Il faudrait alors accepter le modèle en vigueur (la nature actuelle) malgré les défauts qu’il comprend.

Ce qui nous empêcherait de lutter contre la prédation serait donc un problème de l’ordre de la faisabilité et non que l’objectif ne nous semble pas souhaitable car nous faisons une différence de considération entre les intérêts des animaux exploités ou sauvages.
Le fait d’être un prédateur ne justifie pas de disposer nécessairement d’autrui. En revanche sa place dans l’écosystème peut le rendre indispensable pour éviter de causer des souffrances plus grandes. C’est alors ce paramètre qui permet de prendre une décision et non son statut de prédateur.
Les chats domestiques sont des prédateurs et pourtant ils sont une des causes de la destruction de la biodiversité en ville et en zone péri-urbaine.

3. Les solutions

Le but étant de minimiser les souffrances, il ne serait pas pertinent de remplacer le modèle actuel (écosystème) par un autre sans avoir la certitude que celui ci engendrera moins de souffrance. Un dérèglement (supplémentaire) de l’écosystème pourrait s’avérer catastrophique pour les populations sauvages.

Bien que ces sujets soient importants (nous parlons quand même de la mort et la souffrance de milliards d’individus) nous n’avons pas les moyens à l’heure actuelle de pouvoir changer réellement les choses. Mais cela ne signifie pas que nous ne pourrions pas le faire dans un avenir plus ou moins proche.

Ce sujet est néanmoins si complexe par rapport à nos connaissances actuelles, même s’il mérite réflexion, est loin d’être une priorité pour l’antispécisme. De plus notre monde est au bord de la crise écologique, et la question de la modification volontaire et altruiste des écosystèmes par les êtres humains risque bien de ne jamais être d’actualité si nous vivons un extinction de masse.

Mais ne pas avoir de solution pertinente à proposer ne signifie pas qu’il n’y a pas de solution ou que la situation est acceptable moralement.

Par exemple :
Assister impuissant à l’agression d’une personne, ne rend pas cette agression acceptable (toutes choses égales par ailleurs).

4. L'opposition

Considérer que nous ne devrions pas toucher à l’équilibre naturel par principe c’est considérer que la nature est parfaite ou à jamais incompréhensible, que ce qui est naturel est juste (APPEL A LA NATURE)… c’est une forme de mysticisme. Si nous avions un meilleur modèle à proposer que celui existant, quel serait les raisons de s’y opposer ?

Dire que l’être humain se prend pour Dieu n’est pas un argument. Le pouvoir n’est pas synonyme de domination. Si nos actes visent à augmenter les libertés de chacun·e et limiter les souffrances au maximum, alors le pouvoir est source d’émancipation. La liberté c’est encadrer le pouvoir et non le laisser aux mains d’une sélection naturelle qui n’a rien de juste.

Conclusion

Il semble trop tôt pour débattre de ces problématiques. Cependant il est important de s’opposer à l’idée de nature et à ne pas laisser ce sujet tomber dans l’oubli car si un jour nous avons les moyens d’agir, il faudra également le souhaiter, et cela dépend de notre idéologie.

En attendant nous devons maintenir la position que toute souffrance est un problème car c’est le cœur de l’antispécisme. Il est spéciste et donc injuste de réduire les proies à l’état de moyen permettant de maintenir les écosystèmes en niant leur individualité.

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