Neutralité

Sommaire

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Sommaire

  1. Les qualités de la neutralité
    a. La science
    b. Le doute
  2. L’instrumentalisation
    a. Nihiliste
    b. Apolitique
  3. Les solutions
    a. L’esprit critique
    b. La connaissance

Définition

Neutralité :
1 Caractère, attitude d’une personne, d’une organisation, qui s’abstient de prendre parti dans un débat, une discussion, un conflit opposant des personnes, des thèses ou des positions divergentes.

2 Caractère neutre, impersonnel, impartial, sans relief du ton, du style, d’un récit, d’un discours, d’un rapport, etc.

1. Les qualités de la neutralité

Rêve des scientifiques, des garants de la justice ou encore des philosophes, la neutralité se tient pourtant bien loin de notre portée. Nous ne pouvons qu’en donner l’apparence et prétendre la concevoir. Les vertus que nous lui trouvons nous sont inaccessibles et plus nous tentons de l’approcher plus elle s’éloigne. Nous la remplaçons donc par des placebos comme le statu quo, la norme, le désengagement qui sont pourtant loin de correspondre à des position neutre. Nous nous laissons séduire par des ressemblances qui ne résident que dans le regard inexorablement subjectif que nous posons sur ces notions. La neutralité est une chimère dont nous ne sommes jamais plus proche qu’une fois mort.

a. La science

La neutralité, bien qu’étant un objet inatteignable, reste une direction pertinente dans certains domaines comme la science dont la fonction est de produire des connaissances en correspondance avec la réalité afin de la retranscrire du mieux possible. Les méthodologies misent en place visent à soustraire et éloigner autant que possible l’individu les mettant en oeuvre. Ce processus imparfait et complexe ne permet toutefois pas d’éviter les biais des expérimentateur-rices. Et lorsque l’on obtient des résultats concluant qui nous permette de donner une description correcte du réel, notre volonté de connaître la nature de celui-ci est déjà une prise de position et donc une préférence. Cela implique un référentiel et un système moral permettant de dissocier les événements souhaitables de ceux non désirables. la science n’est donc pas neutre. Elle est le fruit de motivations et d’enjeux. Ses mécaniques sont construites autour des capacités humaines.

La science reste néanmoins l’outil le plus fiable que nous possédions pour comprendre le monde. Les résultats ne dépendent pas des positions politiques des chercheur-se-s, sont reproductibles, et peuvent être réfutés par les outils de la science elle-même si ceux-ci sont faux. La science est un domaine qui n’a ni patrie, ni culture, ni genre… Ce sont les dynamiques sociétales qui orientent les axes de recherchent, corrompent les protocoles, ou utilisent les résultats à des fins politiques. Nous n’avons pas d’alternative à la science pour comprendre le monde avec précision. Les croyances ne permettent pas d’énoncer des vérités. L’ignorance ne doit pas déboucher sur des invention compensatoires mais sur le doute et la recherche.

b. Le doute

Souvent perçu comme une faiblesse du fait de notre société fustigeant l’ignorance et prenant toute réserve comme une incapacité à ce décider, le doute n’est pas une position encouragée. Pourtant ses bénéfices sont nombreux. Le fait de suspendre son jugement en attendant d’avoir suffisamment d’élément solides pour trancher est l’attitude la plus productive. Elle permet de laisser la place à l’humilité, la recherche de connaissance et la remise en question. Il semble impossible d’avoir des certitudes donc le doute devrait être notre position par défaut. Ignorer ce n’est pas être neutre, c’est ne pas être en maîtrise sur ses choix et limiter sa puissance d’action. Dans la même logique limiter ses sensations, ses émotions, ses réflexions… est déjà un choix conscient résultant d’une démarche intellectuelle motivée. Elle peut donner l’illusion de la neutralité mais est en réalité tout aussi engagé que le reste. Maintenir le statu quo est une prise de position. la norme n’est pas la neutralité. C’est seulement l’invisible démarche collective non conscientisée.

Illustrons ce phénomène avec 4 kayaks :

La personne à bord du kayak A ne rame pas. Elle se laisse porter par le courant.
La personne à bord du Kayak B rame à contre courant en compensant le débit. Elle fait donc du surplace.
La personne à bord du kayak C rame à contre courant plus vite que le débit. Elle remonte le court d'eau.
La personne à bord du kayak D rame dans le sens du courant et donc va plus vite que le courant.

La personne en A peut considérer que se laisser entraîner par le courant est neutre puisque c'est suivre la norme qu'est le courant. Elle peut même penser qu'elle ne bouge pas si elle prend comme référentiel l'eau qui l'entour. Pour elle les kayak B et C recule tandis que D avance.

La personne en B peut considérer qu'elle ne bouge pas si elle prend la rive en référentiel. Elle peut penser être la norme et considérer que ces effort tendent juste à maintenir une neutralité de position.

Les personne en C et en D peuvent considérer que tout le monde recule. 

Chacun a donc fait le choix du référentiel a partir duquel il pose un jugement sur la neutralité.

La norme ne constitue pas une position neutre mais juste une absence d’effort allant contre celle-ci. Le biais du juste milieu donne l’illusion que la moyenne de 2 positions extrême est ce qu’il convient d’accepter. Pourtant la position de la société sur le fait de brûler des enfants est sans compromit. Il n’y a pas de demi mesure acceptée. On considérera alors que la position neutre est de ne condamner le fait de brûler des enfants. Dans le même temps on estimera que respirer est neutre puisque c’est juste le maintien de sa structure.

Viser la neutralité n’est donc pas toujours intéressant et reste un objectif inatteignable. Ne pas émettre de jugement sur un événement est le résultat de jugements. Soit le fait de penser qu’on manque d’éléments soit le fait de penser que juger pose problème en soi.

Derrière le concept de neutralité se cache un fantasme inaccessible. Bien qu’il soit possible de ne pas s’exprimer ou de ne se contenter de décrire des faits, la neutralité absolue n’existe pas. Choisir de se taire ou de n’énoncer que des faits est un choix motivé par des valeurs, des intentions et une vision du monde.

2. L’instrumentalisation

a. Le nihilisme

Le nihilisme, au sens moral du terme, est la négation des valeurs morales et sociales ainsi que de leur hiérarchie. S’il n’y a pas de réalité de la morale, nous restons toutefois des agents moraux. Prétendre n’avoir aucune préférence est soit sophistique soit paralogique. Comme expliqué au dessus, nous ne pouvons atteindre qu’une neutralité relative. C’est à dire l’ambition de vouloir rester factuel, et ce, pour des raisons de préférences : améliorer notre compréhension du monde afin de mieux interagir avec. Ceci est assez éloigné du principe de neutralité.

Pourtant, l’antiréalisme moral est souvent instrumentalisé afin de rejeter des énoncés prescriptif en invoquant l’absence de morale universelle ou la relativité de la morale. Défendre l’idée que la morale est propre à chacun-e et sous entendre, par ce principe, qu’elles se valent toutes, est un jugement qualitatif et donc de valeur moral. L’ironie de cette position, c’est qu’elle prétend dénoncer ce qu’elle est en réalité. C’est à dire une croyance dans une morale absolue. Elle peut prendre l’apparence de l’appel à la nature, à la tradition, à l’ancienneté, du biais de statu quo… dans tous les cas elle transforme une description en prescription. Cela se traduira par des affirmation comme « la vie cherche à survivre », « il n’y a pas de raison de changer ce qui est », « c’est ainsi que notre organisme fonctionne donc on doit s’y tenir »…

Ce discours permettra également de maintenir la norme en la posant comme norme. Ne pas s’intéresser au sort des autres êtres sentients ne serait donc pas un manque d’empathie mais le comportement normal (comprendre souhaitable) d’un être humain tandis qu’avoir une empathie indexée sur le degré de sentience des individus serait une forme de l’hypersensibilité.

La confusion entre les concepts engendre des positions dogmatiques. Les valeurs permettant de distinguer ce qui serait souhaitable de ce qui ne le serait pas étant des croyance du type « naturel = bon » ou encore « normal = désirable ». Contrairement à d’autres croyances, celles-ci ne s’assument pas. Elles sont avancées comme une nomenclature imposée par les faits et donc serait synonyme de neutralité.

b. Apolitique

Il est impossible d’avoir un échange constructif avec une personne dont le discours repose sur des prémisses erronées et n’est pas disposé à les remettre en question.
Cet habit de neutralité est souvent revêtu lorsqu’on aborde les question politiques laissant entendre que la personne ne prend pas position. Il y a une différence entre suspendre son jugement par manque d’information (comme nous l’avons vu plus haut avec le doute) et le refus de prendre partie. S’abstenir de choisir un courant c’est laisser s’exprimer celui qui est déjà majoritaire. C’est donc bien une prise de position même si celle-ci n’est pas revendiquée ou conscientisée.

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