Invisibilisation

Lorsque des sujets politiques, s’opposant aux systèmes en place, sont portés sur la scène médiatique, il n’est pas rare que ceux-ci soient amputés de leur dimension idéologique pour être réduit à de simple mode de vie, des tendances voir des actes de sauvagerie incompréhensible.

C’est le cas du mouvement de libération animale qui est régulièrement réduit au véganisme. Or le véganisme est un mode de vie. Même si celui-ci découle d’une manière ou d’une autre de discours politiques visant à cesser de nuire aux autres animaux, lorsque l’on parle de véganisme dans les médias, la question animale est très souvent occultée ou mal traitée.

Il est plus facile de décrédibiliser un mouvement lorsqu’on ne donne pas les raisons qui le motivent. La réduction de l’antispécisme au véganisme engendre les conséquences suivantes :

  • Déconnexion de l’éthique.
  • Incompréhension de la motivation donc qualification d’extrémisme.
  • Perception du mouvement comme un choix personnel.
  • Croyance que le mouvement est juste un principe de consommation.
  • Vision du mouvement comme un dogme autoritaire et sectaire.

 

Cette méthode (volontaire ou non) remplace le sujet de fond par une de ses caractéristique donnant l’illusion qu’il a été traité.

ZAD de Notre-Dame des Landes

Nous observons le même phénomène avec la ZAD de Notre-Dame des Landes (je vous invite à relire les points énoncés juste au-dessus avec ce nouveau prisme).

Lorsque le sujet est abordé dans les médias, il n’est pas fait mention de ce que les zadistes ont mis en place et de ce qu’iels défendent mais seulement du fait qu’iels occupent un terrain de manière illégale et qu’iels refusent d’être expulsé·e·s en utilisant des méthodes violentes.

Faisons donc le point ici :

La ZAD existe depuis 2009. Elle consiste à occuper le Parc naturel supposé être rasé pour accueillir un nouvel aéroport. Un projet qui date initialement des années 60, qui sera oublié puis remis au goût du jour jusqu’à ce qu’en 2003 une décision « finale » soit prise en faveur de sa construction.

En 2012, une tentative d’expulsion oppose violemment les forces de répression du gouvernement aux défenseur·se·s de la ZAD. C’est entre 13 000 et 40 000 personnes qui s’y rendront pour maintenir son occupation.

Sur place, les initiatives émergent. Une nouvelle société se construit cherchant à favoriser l’autogestion et à mettre en place des fonctionnements démocratiques. La convergence des luttes s’installe avec la remise en question du système dominant. C’est un lieu d’expérimentation de nouveaux modèles politiques, de nouveaux rapports sociaux, de nouvelles manières cultiver et de nouvelles manières de vivres.

Les zadistes subissent les mêmes principes de détournement de leurs actions que ceux que les antispécistes subissent. On les accuse d’être :

  • Violent·e·s.
  • Naïvement pacifistes.
  • Assisté·e·s irresponsables.
  • Hors de la société.
  • Fainéant·e·s.
  • Acharné·e·s.
  • Sales.
  • Déconnecté·e·s des réalités en profitant des avantages de la France.
  • Trop porté·e·s sur la politique au point de sacrifier leur vie.
  • Drogué·e·s.
  • Hygiénistes.
  • etc.

 

Beaucoup de personnes ont tout abandonné pour aller y vivre et on peut y trouver des profils très diversifiés. Activiste audacieux, retraité·e bricoleur·se, hippie venu vivre en pleine nature, prof en année sabbatique, agriculteur du coin… La ZAD n’est pour personne en particulier car elle est pour tout le monde. C’est un lieu de vie, d’apprentissage, de remise en question, de solidarité, d’épanouissement… La ZAD existe pour protéger un écosystème, pour rappeler les impératifs écologiques, pour défendre les libertés individuelles, s’opposer aux oppressions et chercher des alternatives à ce qui pose problème dans notre société.
C’est le Hollywood de la justice sociale et la Silicon Valley de l’organisation sociétale.

Ce grand projet unique en France (de par sa taille en l’occurrence car d’autres ZAD et lieux autogérés existent un peu partout) est remis en question et menacé sur un principe de propriété et de démonstration de pouvoir. Car oui, l’enjeu est bel et bien politique, que les médias oublient de le dire ou non. Les uns veulent protéger des valeur quand les autres veulent conserver leur pouvoir.

Une nuance de plus

La ZAD n’est pas parfaite et beaucoup de critiques peuvent lui être faite. Elle reste un endroit important pour les luttes sociales tant pour le symbole que pour ce qui s’y passe.

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