Écologisme sentiocentré

Sommaire

1. Définitions

2. Les référentiels erronés

a. L’anthropocentrisme

b. Le biocentrisme

c. L’écocentrisme

3. Correction

a. Le sentiocentrisme

b. Les disparitions

c. Les écosystèmes réducteurs de souffrance

4. Conclusion

Lorsqu’on parle d’éthique animale, il n’est pas rare que celle-ci soit opposée à l’écologie, comme si l’éthique pouvait prendre des directions différentes et dissocier écologie et animalisme. Généralement, cette opposition forcée résulte d’une volonté de maintenir ses privilèges vis à vis des animaux, par exemple en comparant les émissions de gaz à effet de serre d’une poule « de jardin » avec l’importation en France métropolitaine d’avocats cultivés au Pérou, mais est également lié au dogmatisme et à l’ignorance.

En effet, l’écologie est polymorphe. On peut y trouver naturalistes, biocentristes, décroissant-e-s, primitivistes, antispécistes, etc. Une écologie pertinente, est une écologie efficace dont les moyens mènent à un objectif rationnel. Elle dépend donc du référentiel moral.

Une grande tendance vise à mettre les humains au centre des préoccupations. Une autre tend à placer la vie comme centre des préoccupations. Dans les deux cas, l’objectif est la pérennité ; des humains dans l’un, de la vie dans l’autre.

1. Définitions

Nature
1. Ensemble de la réalité matérielle considérée comme indépendante de l’activité et de l’histoire humaines.
2. Ensemble de l’univers, en tant qu’il est le lieu, la source et le résultat de phénomènes matériels.

Vie
Ensemble des phénomènes énergétiques (assimilation, croissance, homéostasie, reproduction, etc.), évoluant de la naissance à la mort, que manifestent les organismes unicellulaires ou pluricellulaires.

Écologie
Science qui étudie les relations entre les êtres vivants (humains, autres animaux, végétaux, etc.) et le milieu organique ou inorganique dans lequel ils vivent.

Écologisme
Philosophie et idéologie ayant comme projet la conservation de la nature et le « respect » des équilibres naturels. L’environnementalisme et le mouvement écologiste ont parmi leurs priorités : la conservation des ressources naturelles, la préservation de la « vie sauvage », la lutte contre la dégradation, la fragmentation et la destruction des habitats et des écosystèmes au sens le plus large.

Sentience
Capacité à ressentir des expériences négatives ou positives.

Anthropocentrisme
Doctrine ou attitude philosophique qui considère l’humain comme le centre de référence de l’univers.

2. Les référentiels erronés

a. L’anthropocentrisme

Nous sommes généralement d’accord pour dire que la pollution c’est mal, que jeter ses déchets par terre c’est mal, que laisser couler l’eau pour rien c’est mal, que gaspiller l’énergie c’est mal… Les raisons qui induisent ces jugements peuvent toutefois être très différentes. Et pour cause, il est rare de savoir ce qu’on entend par “bon” ou “mauvais”. C’est donc une question de référentiel moral. Il est courant que la vraie raison de notre intérêt pour la préservation de l’environnement soit en réalité la préservation de l’espèce humaine ; la protection des autres organismes n’étant envisagée que comme un moyen de contribuer à sa survie. Nous accordons une valeur intrinsèque à notre existence et à sa continuité dans le temps.

Un écologisme anthropocentré est donc, par définition, spéciste. Donc, dogmatique et suprématiste. Il néglige l’intérêt des autres individus et se rend compatible avec l’exploitation animale. L’expression « défendre la vie » est conséquemment un abus de langage : la réelle volonté est de défendre la transmission de notre génome.

Il n’y a pas de volonté consciente derrière ce phénomène : c’est un principe de programmation biologique. Ces discours sont une porte d’entrée pour le welfarisme : un écologisme qui hiérarchise les êtres sentients en plaçant les humains au-dessus des autres ce qui laisse la porte ouvert à la souffrance, à l’exploitation et aux injustices tant que celles-ci sont profitables aux humains. Cette écologie-là est donc nuisible pour les êtres sentients.

b. Le biocentrisme

Lorsqu’on parle d’écologie, le postulat de départ vise généralement à défendre la vie dans son ensemble. Il est donc admis comme prémisse que la vie est une chose désirable, qu’il faut protéger. Or, rien ne justifie cette idée par principe. Le critère « vivant » n’est d’ailleurs pas pertinent pour décider de la manière dont on peut traiter un être. La « vie » n’est pas une entité avec des intérêts, des besoins ou des envies, et tous les êtres vivants ne ressentent pas de nuisance et n’ont pas d’intérêts. Or, on ne peut se soucier que des intérêts des êtres qui en ont. C’est à dire les êtres sentients.

Considérer que ce qui est naturel est désirable (appel à la nature) est un des piliers idéologique de ces pensées. Cette croyance irrationnelle va entraîner un décalage des considérations morales vers des entités qui n’ont pas d’intérêts propres, au détriment d’autres qui mériteraient d’être pris en compte. Penser que ce qui est est ce qui doit être est une erreur de logique qui porte le nom de paralogisme naturaliste et ne peut aboutir à une éthique pertinente.

Même si nous pouvons retrouver des principes et des moyens communs avec les courants non sentiocentrés, il est toutefois impossible de valider l’ensemble de leurs justifications. Faire ce qui est préférable pour de mauvaises raisons doit être pointé comme étant une heureuse coïncidence plutôt que comme un réel point d’accord sur lequel bâtir une lutte convergente. Il est préférable que les raisons qui motivent ces prises de position et ces actes soient rationnelles et pertinentes ; sinon d’autres problème apparaîtront.

c. L'écocentrisme

L’écocentrisme est un élargissement du cercle de considération morale incluant les entités non vivantes de la « nature » en plus de celles déjà prises en compte dans le biocentrisme. Il accorde une valeur intrinsèque aux espèces, communautés et écosystèmes du fait qu’ils sont la matrice des organismes qui les composent. L’éthique reviendrait donc à conserver la dynamique de ces systèmes, et tout ce qui irait contre serait immoral. On retrouve également dans cette approche la notion de défense de la « vie » sans démontrer la désirabilité intrinsèque de celle-ci.

Le fait de prendre des référentiels moraux qui ne reposent pas sur des principes rationnels et une compréhension du réel entraîne une perte de repères, et donc une incapacité à mener les luttes sociales à bien : celles-ci reposent toutes sur le principe de respect du consentement et donc, sur la sentience.

On va donc voir émerger des initiatives comme le « bio » qui consiste principalement, à l’heure actuelle, à s’opposer aux pesticides de synthèses, ou à détourner certaines valeurs de l’écologie au profit d’idéaux conservateurs en glorifiant un retour à une idée de nature fantasmée. Dans ces initiatives, on peut noter également l’opposition systématique à toute innovation en matière d’agriculture, que ce soit les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM), la mécanisation, etc., alors que le problème n’est pas l’outil mais sa fonction et son utilisation. Les OGM peuvent apporter des solutions quant à l’utilisation des pesticides, et la mécanisation peut éviter certaines pratiques destructrices, par exemple.

L’idée selon laquelle « c’était mieux avant » est une romantisation réactionnaire, qui nous éloigne des solutions réelles en mesurant leur valeur à travers un prisme dogmatique au lieu d’analyser les conséquences.

3. Correction

a. Le sentiocentrisme

L’écologie sentiocentrée place la sentience au cœur des préoccupations visant à minimiser les souffrances et maximiser le bonheur. Elle va donc intégrer l’antispécisme, qui consiste à refuser un traitement contraire aux besoins de l’individu sous prétexte de son appartenance à telle ou telle espèce. Il n’y a donc pas de principe d’espèce, de biodiversité, de maintien de la vie qui soit directement considéré comme désirable. La vision sentiocentriste a comme priorité le fait de nuire le moins possible aux sentients. Ce qui va se traduire par la considération des intérêts des animaux sauvages en tant que sujet et non en tant que moyen. Ainsi la protection des écosystèmes, des zones naturelles, des espèces, etc. n’est abordée que comme un moyen visant à minimiser les souffrances et protéger les intérêts d’un maximum d’êtres sentients, et non comme une fin en soi.

Si l’objectif est de minimiser les souffrances et de maximiser le bonheur, on peut voir apparaître deux grande tendances :
Celle, optimiste, selon laquelle il est désirable de protéger les écosystèmes du fait qu’ils sont la source de bien-être des sentients (habitat, nourriture, territoires, air, eau, etc.) espérant qu’un jour on solutionne le problème de la souffrance.
Et celle, pessimiste, selon laquelle la souffrance serait insoluble et que la manière de limiter les souffrance est d’éteindre toute forme d’existence capable de faire émerger une sentience. On parle alors d’extinctionnisme.

b. Les extinctions

Ce qui compte pour juger du caractère problématique de la disparition d’une espèce, ce sont les conditions dans lesquelles s’éteignent les individus qui composent les espèces concernées. Une espèce peut s’éteindre du fait d’un arrêt de la reproduction ce qui, en soi, ne pose pas de problème pour ses représentant-e-s. La mise à mort en revanche est contraire aux intérêts des individus qui ne peuvent plus profiter de leur existence (même si cela ne leur cause pas nécessairement de souffrance).

L’autre facteur à prendre en compte est celui des implications sur les autres individus. L’extinction d’une espèce n’est problématique que si ses conséquences engendrent plus de souffrances que le maintien de l’espèce. Si une espèce joue un rôle-clé dans un écosystème, sa disparition donnera lieu à de nombreuses souffrances pour les individus qui en dépendent. La disparition d’une espèce n’est pas un problème en soi.

L’écologisme sentiocentré va donc défendre les intérêts de tous les êtres sentients, ce qui peut revenir à protéger des espèces, des écosystèmes, des plantes, des minéraux, etc. non pas en leur accordant une valeur intrinsèque, mais en leur accordant une valeur instrumentale, qu’elle représente pour les sentients qui interagissent avec.

c. Les écosystèmes réducteurs de souffrance

Aucune souffrance n’est acceptable en soi. Les écosystèmes actuels sont des facteurs de souffrances importants. Les maladies, les parasites, les prédateurs, les accidents… sont sources de grands malheurs. Il nous est presque impossible d’intervenir sans perturber les écosystèmes d’une manière que nous ne pouvons pas prévoir, et ainsi risquer de provoquer une augmentation des souffrances. Cependant, nous devons garder à l’esprit que ces injustices ne sont pas désirables afin de chercher des solution viables.

Là où les vision anthropocentrées, biocentrées et écocentrées acceptent le sacrifice et les souffrances des animaux sauvages sous prétexte d’ordre naturel, de norme, de « cycle » ou de nécessité, l’approche sentiocentrée dénonce ce phénomène, malgré son impuissance. Le fait de pouvoir ou non agir sur un problème ne permet pas de conclure qu’il est acceptable de minimiser ou de nier le problème.

La nature n’est pas juste, équilibrée, parfaite. Elle n’est que le fruit de la pression de l’environnement sur les organismes (et réciproquement), favorisant la survie de ceux qui sont les mieux adaptés. Glorifier cet état de fait et penser qu’il est le seul désirable ou possible est un raisonnement à rebours, qui considère que le résultat observé est ce qui doit être.

4. Conclusion

La sentience est le seul critère pertinent sur lequel construire un système moral. L’écologisme n’a de sens que s’il vise à minimiser les souffrances et maximiser le bonheur. Il nous semble primordial d’aborder les questions d’éthique en écartant les positions dogmatiques et irrationnelles, en s’appuyant sur des référentiels pertinents reposant sur des faits, en envisageant des positions contre-intuitives et en mesurant leur valeur selon leurs conséquences. Les zones d’ombres et notre impuissance ne doivent pas servir d’excuse aux phénomènes non désirables.

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