Double faute

Dire qu’il y a de bonnes ou de mauvaises manières de faire un acte implique nécessairement un référentiel. On ne peut juger qu’à partir d’un repère objectif.
Il n’y aurait aucun sens à dire qu’une chose est loin si on ne donne pas de point de départ et de contexte.

Par exemple :

  • L’office du tourisme de Melun est loin pour une fourmi vivant dans la forêt de Fontainebleau.
  • La galaxie GN-z11 est plus loin de nous (32 milliard d’années-lumière) que la galaxie d’Andromède (2,55 millions d’années-lumière seulement, aller-retour en un weekend en vitesse supra-luminique).

 

Dire que le problème de l’élevage réside dans l’industrie induit un référentiel moral. C’est-à-dire un socle de valeurs sur lequel repose cette affirmation.
Quand les éleveur.se.s et boucher.e.s affirment que les animaux d’élevage sont « bien traités », cela implique qu’il y a de mauvaises manière de les traiter et donc des critères d’évaluation.

Selon quel(s) critère(s), améliorer le traitement d’un animal exploité serait meilleur que de ne pas le maltraiter du tout ?

Cette logique repose sur 2 sophismes :

Sophisme de la double faute

Une situation accusée d’être mauvaise peut apparaître comme normale parce qu’elle succède a une autre qui était déjà mauvaise. De plus relativement à de très mauvais traitements, des traitements seulement mauvais peuvent paraître meilleurs, sans pour autant être bons ou souhaitables en eux-même.

Sophisme du juste milieu (Argumentum ad temperantiam)

Croire que la position intermédiaire entre deux énoncés est la bonne position. Autrement dit, si un groupe valide la maltraitance et un autre la condamne, on estimera que la position la plus juste est de maltraiter un peu.

Si cet illogisme est si souvent répandu, c’est parce que les intérêts des animaux non-humains ne sont pas pris au sérieux du fait qu’on les estime inférieurs. Cela est dû a un raisonnement essentialiste¹ :

On part du principe qu’il est acceptable d’exploiter les autres animaux puisque « par nature ils sont destinés à être exploités ». Cette affirmation repose elle même sur le fait que nous les exploitons. Le raisonnement est donc circulaire. Or, il est impossible de remettre en question une position lorsqu’on part de cette position pour démontrer qu’elle est juste.
« Le lutin qui a fait tombé mon crayon existe t-il ? Oui puisqu’il a fait tomber mon crayon ».

D’autre part, l’essentialisme commet au passage une erreur de taille en passant d’un énoncé descriptif (les animaux sont exploités) à un énoncé prescriptif (les animaux doivent être exploités). Cette erreur de raisonnement se nomme le paralogisme naturaliste². Nos valeurs ne découlent pas simplement des faits, mais plutôt de nos désirs, de nos projets.

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