Dogmatisme & esprit critique

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Sommaire

1. Définitions

2. Les origines du dogmatisme

a. L’ignorance

b. La biologie

c. La culture

3. Les problèmes du dogmatisme

a. Facteur d’oppression

b. Frein à l’émancipation

c. Fléau des luttes

4. Les solutions

a. L’esprit critique

b. La bienveillance

c. La vulgarisation

1. Définitions

  • Dogmatisme : caractère de doctrines qui présentent leurs affirmations comme des vérités fondamentales, incontestables et intangibles, sans esprit critique. Le plus souvent dans le domaine politique ou religieux (dogmes), ces doctrines peuvent, dans certains cas, être imposées par la force. En philosophie, le dogmatisme affirme la possibilité, pour les êtres humains, d’aboutir à des certitudes, à des vérités. Il s’oppose au scepticisme.

 

Par extension et avec un sens péjoratif, le dogmatisme est la propension à donner à ses principes, opinions ou raisonnements un caractère affirmatif, impérieux, péremptoire, rigide, n’admettant pas la discussion.

L’adjectif dogmatique désigne ce qui concerne les dogmes, il est aussi utilisé pour qualifier une certaine rigidité des principes ou des raisonnements.• Scepticisme scientifique : nommé aussi scepticisme rationnel ou scepticisme contemporain, il est, philosophiquement une position épistémologique, éthiquement une attitude de doute cartésien vis-à-vis des allégations non étayées par des preuves empiriques ou par la reproductibilité.

Cette démarche cherche à promouvoir la science, la pensée critique et à soumettre à la méthode expérimentale (lorsque cela est possible) les phénomènes dits « paranormaux » (notamment ceux étudiés par l’ufologie, la parapsychologie et la cryptozoologie) ou surnaturels (réincarnation, résurrection…).

Les sceptiques soumettent ainsi au doute les théories du complot, les médecines non conventionnelles et, de manière plus générale, ce que la majeure partie de la communauté scientifique considère comme des pseudosciences ; ainsi que les dérives idéologiques et méthodologiques consistant à transformer le doute cartésien en méthode hypercritique à des fins polémiques.

  • Esprit critique : Disposition d’une personne à examiner attentivement une donnée avant d’en établir la validité.
    Démarche de remise en question des opinions, des valeurs, et de leurs arguments, du vocabulaire utilisé, de la représentation du réel (théorie, etc.), en questionnant la qualité intrinsèque (forme logique, rhétorique, richesse documentaire, résistance aux « faits », etc.), la source (« fiabilité » ou autorité de la personne émettrice, média, institution, expert, organisme, etc.), ou encore l’extension (degré d’universalité), etc.

 

(source : Wikipédia)

2. Les origines du dogmatisme

a. L’ignorance

Nous sommes tou·te·s ignorant·e·s par défaut. Toutes nos connaissances, nous les acquérons au fil de notre existence. Bien que nous commencions sur un pied d’égalité en matière d’ignorance, nos possibilités d’acquisition des savoirs est inégale et dépend de diverses variables :

  • Le milieu social (famille, ami·e·s, connaissances…)
  • Notre classe économique (bourgeois·e, prolétaire…)
  • Notre classe sociale (femme, racisé·e…)
  • Nos capacités cognitives

 

Même si on nous force à acquérir certaines connaissance dès l’enfance, notre curiosité n’est pas la même et plus on aura été exposé·e à un environnement varié et confortable, plus nous créerons de connexion nerveuses favorisant l’accès aux connaissances. Savoir n’est pas qu’une question de capacités mais également une question d’intérêt, et l’intérêt se développe en fonction des milieux dans lesquels on évolue. Nous en avions parlé dans l’article précédent, les comportements récompensés au sein du groupe créent les valeurs du groupe.Le maintien de l’ignorance est donc du à des facteurs politiques. Ce n’est pas une question individuelle qui dépend d’un goût inné pour le savoir ou de curiosité naturelle. Or, nous avons besoin de comprendre le monde qui nous entoure pour évoluer dedans ainsi que pour conserver une image de nous même qui soit méliorative. L’ignorance engendre l’ignorance comme le montre Florence Dellerie dans cette chronique de l’Instant Sentience ou elle aborde l’effet Dunning-Kruger. On ne peut pas mesurer l’envergure de son ignorance quand on ne sait pas qu’on ignore. Donc moins on sait, plus on croit savoir.

On va donc combler ce manque de connaissance par des croyances. Ceci est symptomatique d’une mauvaise méthodologie de réflexion. L’ignorance va donc favoriser le dogmatisme.

b. La biologie

Notre cerveau est pourtant très performant pour faire des déductions inconscientes rapidement. Inutile d’être un·e expert·e en communication pour percevoir la gène, la tristesse, la joie… Chez l’autre. On peut rapidement estimer la quantité approximative d’un nombre d’objets visibles sans avoir à les compter… Ces mécanismes sont efficaces pour prendre des décisions rapides mais pour faire des déductions logiques plus complexes, ils peuvent s’avérer problématiques.

Pour évoluer dans notre monde, il faut être en mesure de le comprendre. Notre cerveau va donc chercher à répondre aux question qu’il se pose soit en cherchant à acquérir de nouvelles connaissances, soit en présumant ce qui peut rapidement se transformer en croyance. L’inconnu fait peur comme la perte de contrôle. Comme nous fuyons les sensations et sentiments désagréables, nous fuyons l’ignorance d’une manière ou d’une autre. Nous sommes donc biologiquement prédisposer à croire : nous préférons toujours un modèle faux à un modèle incomplet. Il est plus facile de s’inventer une réponse, de prendre la première qui vient ou de sélectionner la plus confortable, la plus évidente, la plus stimulante… Bref celle qui nous gratifie, qui nous coûte peu d’énergie, celle qui va dans le sens de ce qu’on sait déjà et qui va valider notre compréhension du monde déjà existante.

C’est un principe de survie. Nous cherchons à reproduire ce qui nous est plaisant et à éviter ce qui nous est désagréable. Sortir de sa zone de confort, dépenser de l’énergie en réflexion, mettre en péril sa compréhension du monde, avoir tort… Menace notre survie et engendre donc des sentiment désagréables afin de nous en protéger.

c. La culture

La société va donc nous donner des réponses que nous aurons tendance à croire, car il est plus confortable de se conformer à la doxa que de risquer de prendre une position dissidente, facteur d’exclusion. Le tout renforcé par des biais cognitifs tels que l’effet de simple exposition, l’appel a la majorité, le biais du statu quo… Les savoirs et croyance se transmettant de génération en génération par conditionnement, il est difficile de se soustraire des schémas dominants. Nous intégrons donc malgré nous les conclusions de nos ancêtres dont les outils de compréhension du monde étaient moins performants que ceux que nous possédons aujourd’hui. Pourtant le système peine à changer et à se mettre à jour en fonction des nouvelles connaissances acquises par la science.

Nous sommes donc conditionné·e·s culturellement et biologiquement pour être dogmatiques. Il n’y aurait aucun problème à cela si les conséquences n’étaient pas négatives de manière générale.

3. Les problèmes du dogmatisme

a. Facteur d’oppression

Les oppressions, comme nous en avons déjà parlé dans notre chroniques sur les ressources du mal et dans l’article sur la compétition, viennent de la compétition (incroyable, non ?), de l’ignorance et du dogmatisme. Le dogmatisme est une barrière à la logique et donc la porte ouverte aux croyances. Or, si les faits et la logique ne sont pas pris en compte pour régir son éthique, le fait de ne pas nuire à autrui serait une coïncidence. Une compréhension erronée du monde mène nos analyses à des conclusions erronées. D’où l’essentialisme par exemple, cause de second degré des oppressions. L’essentialisme consiste à réduire un ensemble à des caractéristiques qui ne sont pas propres à l’ensemble ou qui s’y trouvent par corrélation. Par exemple, considérer que les femmes sont fragiles est une généralisation abusive qui peut reposer sur le fait que les femmes sont moins capables de faire des efforts, de se déplacer et de prendre des risques pendant la période de gestation.

On va donc passer au rang d’essence des critères qui sont anecdotiques, culturels, peu significatifs… Afin de décider de la manière dont on doit / peut traiter les individus appartenant à la population en question. C’est quand ces raccourcis de pensée se généralisent que le problème prend de l’ampleur, car il se transmet par culture et grossit à chaque génération. Si l’on dissocie une classe de privilégié·e·s à une classe d’opprimé·e·s, les raisons de dominer vont se démultiplier. Les inégalités vont grandir et se trouver de nouvelles justifications afin de confirmer l’idéologie dominante. Il y a souvent une négation des mécanismes sociétaux en place. C’est comme ça qu’on en arrive au système méritocratique dans lequel les individus croient que leurs réussites leur sont propres tout comme leurs échecs avec l’illusion que tout le monde à la possibilité de réussir. Nous en parlons également dans notre chronique sur la méritocratie.

Or, quand on conditionne des individus à une idéologie dominante invisible, du fait d’un conformisme puissant soutenu par des mécanismes biologiques, il est logique que ceux-ci reproduisent les mêmes erreurs. La pensée dominante n’est donc pas nécessairement celle qui a le plus de sens.

b. Frein à l’émancipation

Nous ne sommes pas éduqué·e·s à l’esprit critique. Nous n’avons donc pas les outils de notre autonomie intellectuelle et seul.e.s celleux qui ont eu la chance de rencontrer les bons facteurs vont pouvoir se détacher de la norme dans une certaine mesure afin de remettre en question leur conditionnement. Là encore rien n’est gagné car sans méthode, rien ne permet de privilégier le savoir sur les croyances. On va donc transiter d’une croyance normative vers une croyance marginale. La possibilité de pouvoir se réapproprier sa puissance de réflexion est donc sabotée, et se rendre compte à nouveau que nous sommes dans l’erreur peut s’avérer encore plus difficile. C’est ainsi par exemple que les adeptes des théories du complot vont renforcer leur propres croyances avec des méthodologies corrompues. Les faits ne vont pas être traités pour ce qu’ils sont, mais dans une perspective de justification des conclusions qu’on veut valider.

Les religions sont également un fléau pour la pensée critique car elles figent le système de compréhension du monde dans des raisonnements circulaires acceptant les illogismes. Elles fonctionnent de manière semblable aux théories du complot : s’il y a une incohérence, c’est que l’on cherche à nous faire douter sciemment. Donc notre incompréhension serait la preuve que nous aurions raison.

Mais si la religion est un conditionnement liberticide, il en va de même pour l’assignation culturelle ou l’assignation de genre. S’en détacher demande des efforts considérables qui nous exposent à du rejet de la part de nos congénères, elleux mêmes soumis·e·s à ces dogmes.
Il n’y a donc pas de neutralité de la pensée. La norme n’est que l’illusion d’une base neutre.

c. Fléau des luttes

Nos mouvements de lutte naissent donc dans cet impératif d’émancipation. Mais ce besoin n’induit pas d’avoir une analyse juste des causes d’oppression. Or sans méthode, sans compréhension des facteurs, sans stratégie… Nous ne pouvons construire des mouvements fonctionnels et donc atteindre une libération. Au mieux, nous remplacerons l’ancien modèle par un autre qui sera erroné et donc lésera à nouveau des individus. On peut retrouver ce phénomène sous différentes formes :

  • Dans l’antispécisme, nous aurons le dogme naturaliste qui empêchera de prendre en compte intérêt des proies en tant qu’individus et les réduirons à de simple moyens dont le sacrifice est acceptable pour faire survivre les autres.
  • Dans l’antiracisme, on dénoncera les hiérarchisations sans pour autant détruire le racialisme, cause d’essentialisme et donc empêchant l’émancipation des individus dans une assignation culturelle.
  • Dans le féminisme, on aura une réappropriation des outils de domination patriarcale sous couvert de liberté individuelle. Ce qui sera en fait du réformisme n’ayant pour conséquence que de simuler une victoire sans avoir changé les causes du problème. Cela revient donc à accepter les conséquences en prétextant un choix et en niant le conditionnement.

 

Les exemples ne manquent pas et nous pourrions continuer cette liste, mais ce sera le sujet dans un autre article consacré au libéralisme. Ces principes seront d’ailleurs instrumentalisés par les détracteur·rices afin de décrédibiliser les luttes ce qui est encore une erreur de logique. Le dogmatisme fait donc souffrir les personnes opprimées du fait de l’oppression mais également des discours qui prétendent libérer quand ceux-ci ne font que maintenir un dogmatisme.
Le dogmatisme entraînera d’ailleurs du suivisme, de la hiérarchie et une pensée unique recréant ainsi un terreau fertile aux comportement oppressifs.

4. Les solutions

a. L’esprit critique

Si le dogmatisme est un poison, l’esprit critique est l’antidote. Le dogmatisme est le fruit de l’absence de méthode dans les réflexions ce qui expose à des paralogismes, une incapacité à faire le tri dans les informations, à prendre conscience de ses faiblesses et de ses forces et donc à être autonome dans ses pensées bien que nous ne soyons jamais indépendant·e dans ce domaine. Nous basons nos réflexions sur nos connaissances acquises par la communauté scientifique, etc.
Comme n’importe quel savoir, l’esprit critique s’apprend et nécessite un entrainement constant. Gardons à l’esprit que nous sommes toujours faillibles et que nous n’échappons pas aux biais. En prendre connaissance permet de se rendre compte de nos erreurs occasionnellement et de pouvoir forcer nos changements. Contrairement à ce qui peut paraître, les sceptiques ne prétendent pas détenir “la vérité”. Le principe est justement de douter tant que les éléments permettant d’obtenir un savoir sont insuffisants ou peu qualitatifs.

La remise en question et la recherche de failles dans nos positions est un des principes garant de la pensée critique. Elles servent d’initiatrices à la réflexion mais ne suffisent pas. Il est nécessaire d’avoir des outils permettant de s’assurer de la logique des raisonnements qui suivront.

b. La bienveillance

Malheureusement, l’humilité n’est pas un trait de caractère encouragé pas l’architecture des réseaux sociaux (et la société en général). Reconnaître ses torts est donc difficile car peu gratifiant et expose à une perte de crédibilité. La véhémence des personnes ayant plus de connaissances (ou pensant en avoir plus) est récurrente ce qui empêche de poser des question, de débattre sereinement et donc favorise le dogmatisme. La bienveillance permettrait de libérer la parole et donc de poser les questions permettant de comprendre loin des jugements et des risques d’exclusion. Ce qui importe c’est la volonté de vouloir faire “au mieux” (entendre minimiser les souffrances et maximiser le bonheur). Les espaces de réflexion doivent donc être tolérants et l’ambiance propice aux échanges.

Une réflexion détachée des pressions a plus de chance d’être qualitative. Si les militant·e·s avaient des bases plus solide et la main sur leur réflexion en collaborant, c’est le milieu entier qui serait plus sain et donc plus efficace. Il ne serait d’ailleurs pas étonnant que les mêmes conclusions émergent sans avoir pour cause la pression à la camaraderie et le conformisme.

c. La vulgarisation

Si le dogmatisme est favorisé par l’ignorance, la connaissance permet de s’en protéger. Il est donc essentiel que les savoirs puissent être transmis. La bienveillance joue un rôle important comme nous venons de le voir, mais la vulgarisation des connaissances l’est tout autant. Un mouvement solide est un mouvement qui dure et pour durer il faut des bases saines. Ne faisons pas du savoir des outils de domination. Transmettons-le, cherchons-le, demandons-le, facilitons son accès.

La culture dominante est maintenue par le dogmatisme. L’esprit critique est l’un des outils qui permet de s’en affranchir individuellement et collectivement. Les structures s’opposant à nos luttes ont des moyens de communication disproportionnés, mais transmettre les moyens de s’en protéger joue en la faveur des mouvements de libération. Nous avons la logique avec nous et elle est notre meilleure alliée.

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Jihem Doe
Jihem Doe
11 juin 2020 11 h 00 min

OUI <3